Comptes sans banque, cartes prépayées et néobanques
Quatre smartphones identiques posés face contre table sur une surface sombre, alignés, éclairage zénithal froid Paiement & banque

Les GAFA et la banque : le bilan, huit ans après

En 2018, cet article relayait la grande peur du secteur : Amazon préparait un compte courant, et les GAFA allaient dévorer la banque. Huit ans plus tard, le bilan est édifiant — et presque inverse. Aucun des quatre n’est devenu une banque. Cet article a été refait pour dresser ce bilan, cas par cas.

Amazon : le compte courant n’a jamais vu le jour

Le projet de compte de paiement révélé en 2018 par la presse américaine, qui motivait l’article d’origine, n’a jamais été lancé. Amazon est resté sur sa ligne historique : des cartes co-brandées avec de vraies banques, des facilités de paiement pour ses clients et ses vendeurs — la banque comme fournisseur, jamais comme métier.

Apple : le plus loin… puis le reflux

Apple est le seul à avoir mis un produit bancaire grand public à son nom : l’Apple Card, lancée en 2019 avec Goldman Sachs — jamais disponible en France. La suite raconte la difficulté de l’exercice :

  • Goldman Sachs se retire du portefeuille après des années de pertes sur son aventure grand public ;
  • JPMorgan Chase reprend l’émission de l’Apple Card — un portefeuille d’environ 20 milliards de dollars d’encours et quelque 12 millions de porteurs, avec une transition étalée sur environ deux ans ;
  • le paiement fractionné maison (Apple Pay Later) a été abandonné au profit de partenariats.

Autrement dit : même Apple, avec sa surface financière, a rendu les clés du métier bancaire à une banque. Ce qui reste — et prospère — c’est Apple Pay : le contrôle du canal, pas du bilan.

Google et Meta : les renoncements

Google a enterré son projet de comptes courants intégrés (Plex) avant même le lancement, et recentré Google Pay/Wallet sur le portefeuille. Meta a abandonné son projet de monnaie (Libra, puis Diem) face au mur réglementaire, et cantonne le paiement à ses messageries sur quelques marchés. En France, le paiement entre amis dans Messenger, cité dans l’article de 2018, a disparu depuis des années.

Pourquoi la prophétie a échoué

  1. La banque est un métier de réglementation, pas de plateforme : agrément, capital, garantie des dépôts, lutte anti-blanchiment — tout ce que les GAFA préfèrent laisser à d’autres ;
  2. la marge est dans le canal : contrôler le portefeuille mobile et ses commissions rapporte sans porter le risque de crédit ;
  3. le régulateur a montré les dents une fois (Libra) et la leçon a porté.

La menace décrite en 2018 s’est donc déplacée : elle ne pèse plus sur l’existence des banques, mais sur leur relation client, désormais partagée avec les portefeuilles des plateformes. C’est précisément ce qui a poussé les banques européennes à lancer Wero, leur riposte de compte à compte.

Et pour le lecteur français ?

Aucun GAFA ne propose de compte en France, et l’expérience des acteurs « non bancaires » locaux s’est mal terminée (Orange Bank, C-Zam). Pour un compte accessible sans dossier, le paysage réel est celui de notre comparatif des comptes sans banque ; pour comprendre qui a réellement bousculé les banques — les néobanques, pas les GAFA — voir la génération 2016 des banques digitales.


Sources : reprise de l’émission de l’Apple Card par JPMorgan Chase (portefeuille d’environ 20 Md$, ~12 millions de porteurs, transition d’environ 24 mois, retrait de Goldman Sachs) — American Banker, Payments Dive, Banking Dive, PYMNTS ; projet de compte Amazon de 2018 resté sans suite, abandon de Google Plex et du projet Libra/Diem de Meta, arrêt d’Apple Pay Later — faits publics constants recoupés dans la presse spécialisée ci-dessus ; fermetures d’Orange Bank et de C-Zam (journal du site). Consultées le 20 août 2026.