Visa, Mastercard… et CB : qui gagne le match en France ?
En 2017, cet article organisait le « match » entre Visa et Mastercard. Il passait à côté du vrai sujet français : le troisième joueur, CB — le réseau des banques françaises, par lequel transitent la majorité des paiements du pays. Cet article a été refait pour décrire le match réel, à trois, et son nouvel entrant.
Comment circule un paiement par carte (le rappel utile)
Le mécanisme décrit en 2017 n’a pas changé : quand vous payez, le commerçant verse une commission, partagée entre sa banque, votre banque (la « commission d’interchange ») et le réseau qui relie les deux. Ce que l’article ne disait pas : dans l’Union européenne, l’interchange est plafonné par règlement depuis 2015 — 0,2 % du montant pour les cartes de débit, 0,3 % pour les cartes de crédit. Le match entre réseaux se joue donc moins sur ce que paie le commerçant que sur les services, la technologie et les volumes.
Le joueur que le match de 2017 oubliait : CB
La France a une particularité : le Groupement des Cartes Bancaires (CB), le réseau commun des banques françaises. Sur environ 110 millions de cartes en circulation en France, 77 millions sont « cobadgées » CB — elles portent deux réseaux à la fois : CB, et Visa ou Mastercard. En France, la transaction emprunte par défaut le réseau CB, généralement moins coûteux pour les banques et les commerçants ; à l’étranger et en ligne hors de France, elle bascule sur le réseau international.
Le rapport de force évolue pourtant : la part de CB dans les paiements français est passée d’environ 93 % en 2017 à 85 % en 2022 — grignotée par les cartes « pur Visa » ou « pur Mastercard » des néobanques et comptes sans banque, qui n’adhèrent généralement pas au réseau français. Depuis 2016, la réglementation européenne vous permet d’ailleurs de choisir le réseau au moment de payer sur les terminaux compatibles.
Visa contre Mastercard : le match qui n’en est pas un pour vous
Pour le porteur français, la différence entre Visa et Mastercard est marginale : acceptation mondiale équivalente, plafonds et assurances fixés par votre banque et votre gamme de carte, pas par le réseau. Les positions restent identifiables — Visa historiquement dominant en France via les grands réseaux bancaires, Mastercard très présent chez les néobanques (N26, Revolut) et les comptes sans banque — mais aucun des deux ne « gagne » du point de vue de l’utilisateur. Le choix utile porte sur la carte (coût, plafonds, assurances) : c’est l’objet de notre comparatif des tarifs de cartes.
Un héritage de l’article de 2017 mérite d’être conservé : les deux réseaux avaient massivement investi le paiement instantané (Visa Direct, rachat de VocaLink par Mastercard). C’était prémonitoire — le compte à compte est bien devenu le champ de bataille suivant.
Le nouvel entrant : Wero, le pari du hors-réseau
La menace nouvelle pour le trio ne vient pas d’un quatrième réseau de cartes, mais du paiement sans carte : Wero, le portefeuille des banques européennes, paie par virement instantané de compte à compte — zéro réseau de carte dans la boucle, commission réduite promise aux commerçants. Son paiement en magasin par NFC est attendu à l’automne 2026. Si le pari réussit, le match de 2017 aura changé de terrain : non plus Visa contre Mastercard, mais la carte contre le virement.
Sources : plafonnement européen des commissions d’interchange (règlement (UE) 2015/751 : 0,2 % débit, 0,3 % crédit) ; réseau CB — environ 110 millions de cartes en France dont 77 millions cobadgées, part de CB d’environ 93 % (2017) à 85 % (2022), routage par défaut et choix du réseau — MoneyVox, Que Choisir, Crédit & Banque, Wikipédia (Groupement des cartes bancaires) ; feuille de route Wero (NFC automne 2026, commission réduite) — MoneyVox, Pricebank. Consultées le 20 août 2026.