Société sans cash : où en est vraiment la France ?
La « société sans cash » annoncée depuis dix ans n’est pas arrivée — mais les espèces ont bel et bien reculé, massivement et régulièrement. Voici où en est la France, chiffres officiels à l’appui.
Le recul est net, en valeur comme en nombre
D’après la cartographie des moyens de paiement publiée par la Banque de France, les Français règlent aujourd’hui 19 % de leurs dépenses courantes en espèces (en valeur), contre 24 % en 2019 et 33 % en 2012.
En nombre de transactions en point de vente, la carte est devenue le premier moyen de paiement, au-dessus de 48 % des transactions en 2024, soit 11 points de plus qu’en 2019.
Pourquoi le cash ne disparaît pas pour autant
- Les petits montants : le liquide reste dominant sur les paiements de quelques euros, même si le sans contact grignote ce terrain ;
- le contrôle du budget : payer en espèces reste un outil concret pour ne pas dépasser une enveloppe ;
- l’inclusion : toute personne mal servie par le système bancaire dépend du liquide — c’est précisément le public des comptes sans banque ;
- la résilience : une panne de réseau ou de terminal remet le cash au centre ;
- l’attachement : les Français déclarent régulièrement vouloir conserver la possibilité de payer en liquide, même quand ils ne l’utilisent plus au quotidien.
Une société sans cash n’est pas une société sans limites
Deux garde-fous encadrent déjà la disparition du liquide :
- le plafond de paiement en espèces (1 000 € chez un professionnel pour un résident) protège la traçabilité sans interdire le cash — détail dans les limites de paiement en espèces ;
- le droit d’accès aux espèces : la disponibilité des distributeurs et l’acceptation du liquide par les commerçants font l’objet d’une vigilance publique croissante.
Et la crypto dans tout ça ?
L’idée d’une monnaie numérique remplaçant le cash a beaucoup circulé. En pratique, la réglementation européenne MiCA a fait entrer les crypto-actifs dans un cadre d’agrément : depuis le 1er juillet 2026, seuls les prestataires titulaires de l’agrément européen peuvent exercer légalement dans l’Union. On est loin d’une monnaie parallèle échappant aux règles — voir la technologie blockchain et le compte sans banque.
Le mouvement réel n’est donc pas la disparition du cash, mais son passage au second rang, avec un filet réglementaire pour éviter que ceux qui en dépendent ne restent sur le bord de la route.
Sources : cartographie des moyens de paiement, Banque de France (données 2024) ; enquêtes SPACE de la BCE.