Blockchain : où en sont vraiment les grandes banques françaises
En 2018, cet article racontait des expérimentations : le Crédit Agricole testant Ripple pendant six mois pour des transferts avec la Suisse. Huit ans plus tard, l’expérimentation a laissé place à des services en production — et pas du tout sur les usages qu’on annonçait alors.
Voici où en sont réellement les banques françaises.
Société Générale : le stablecoin euro en production
SG-Forge, filiale créée en 2018, est l’acteur français le plus avancé. Elle émet EUR CoinVertible (EURCV), présenté comme le premier stablecoin adossé à l’euro émis par une grande banque européenne régulée.
Lancé en avril 2023 sur Ethereum, il a depuis été déployé sur cinq blockchains : Ethereum, Solana, XRP Ledger, Stellar et Optimism. En janvier 2026, SG-Forge a annoncé son intégration au réseau SWIFT — c’est-à-dire le raccordement d’un actif blockchain à l’infrastructure de messagerie interbancaire historique. En mai 2026, un partenariat avec Bpifrance a été annoncé.
L’activité de SG-Forge se structure autour de trois lignes : l’émission de stablecoins euro et dollar régulés sous MiCA, la tokenisation d’obligations et de titres financiers, et la fourniture de services blockchain aux investisseurs institutionnels — conservation, infrastructure, conformité.
BNP Paribas : la tokenisation de fonds
BNP Paribas a mené une expérimentation d’ampleur via sa plateforme AssetFoundry, en tokenisant des parts de fonds monétaires directement sur Ethereum.
L’objectif n’est pas la cryptomonnaie : c’est la représentation d’un actif financier classique sous forme de jeton, pour raccourcir les chaînes de règlement-livraison qui prennent aujourd’hui plusieurs jours.
La Banque de France : le règlement en monnaie de banque centrale
C’est peut-être le développement le plus significatif, et le moins commenté.
La Banque de France a réalisé deux opérations de marché sur actifs tokenisés : une pension livrée avec Société Générale et un achat ferme de titres avec BNP Paribas. Dans les deux cas, le règlement s’est fait en jetons de monnaie de banque centrale, émis par la Banque de France sur sa propre blockchain, DL3S.
Autrement dit : la banque centrale n’observe pas la technologie, elle émet dessus. C’est la brique qui manquait pour que la tokenisation d’actifs sorte du laboratoire — un titre tokenisé ne vaut que s’il peut être payé avec de la monnaie de même nature.
Ce que ça change — et ce que ça ne change pas
Pour un particulier, rien d’immédiatement visible. Aucun de ces déploiements ne concerne le compte courant, la carte ou le virement du quotidien. Ils portent sur la finance de marché : titres, fonds, règlements interbancaires.
Ce qui pourrait changer à terme : les délais et les coûts de la chaîne de règlement, qui se répercutent aujourd’hui dans les frais des produits d’épargne. C’est un gain diffus, pas une fonctionnalité que vous verrez apparaître dans votre application.
Ce qui ne se produira pas : le remplacement des virements SEPA par une blockchain. Le virement instantané européen, lui, est déjà là et fonctionne sans registre distribué — voir paiement instantané et paiement mobile.
Le cadre réglementaire qui a rendu cela possible
Rien de tout ceci n’aurait été déployable sans MiCA. Le règlement européen impose un agrément pour les prestataires de services sur crypto-actifs, et encadre spécifiquement l’émission de stablecoins. La transition des acteurs français vers cet agrément s’est achevée le 1er juillet 2026, et plus de 170 prestataires étaient agréés dans l’Union début 2026, contre 12 un an plus tôt.
C’est précisément cette sécurité juridique qui permet à une banque régulée d’émettre un stablecoin — ce qui était impensable au moment où cet article parlait de tests Ripple.
À retenir
- Les banques françaises ne spéculent pas sur les cryptomonnaies : elles utilisent la technologie de registre pour tokeniser des actifs financiers.
- Société Générale est en avance avec EURCV, stablecoin euro régulé déployé sur cinq blockchains et raccordé à SWIFT.
- La Banque de France règle déjà des opérations en monnaie de banque centrale tokenisée, sur sa blockchain DL3S.
- Pour le grand public, l’effet reste indirect : des chaînes de règlement plus courtes, pas de nouveau service visible.
Voir aussi la technologie blockchain expliquée et l’API, clef de voûte de l’open banking.
Sources : Banque de France, communiqué sur les deux opérations de marché sur actifs tokenisés réglées en monnaie de banque centrale (blockchain DL3S) ; SG-Forge (sgforge.com) pour EUR CoinVertible, son déploiement multi-chaînes, l’intégration SWIFT de janvier 2026 et le partenariat Bpifrance de mai 2026 ; plateforme AssetFoundry de BNP Paribas pour la tokenisation de parts de fonds monétaires ; règlement MiCA et registre des prestataires agréés. Consultées le 14 août 2026.