Comptes sans banque, cartes prépayées et néobanques
Comptoir de commerce vu de côté avec un terminal de paiement éteint, lumière naturelle, arrière-plan flou Crypto

Visa, Mastercard et la blockchain : où en est le paiement dématérialisé

Cet article a été écrit en juin 2020, en pleine bascule vers le sans contact. Il annonçait l’entrée des réseaux de cartes dans la blockchain. Six ans plus tard, on peut faire le bilan : la blockchain n’a pas remplacé les réseaux de cartes — elle est devenue une brique qu’ils intègrent, et le vrai changement est venu d’ailleurs.

Ce qui s’est confirmé

Le sans contact s’est imposé et son plafond est resté à 50 €. Relevé pendant la crise sanitaire, il n’a plus bougé depuis. Deux limites moins connues l’encadrent : un cumul d’environ 150 € et 5 opérations consécutives avant que le code ne soit réclamé, en application des normes techniques européennes d’authentification forte. Voir notre guide paiement sans contact : plafonds et risques réels.

Le recul des espèces s’est poursuivi, mais sans disparition : elles représentent encore une part significative des paiements du quotidien en France. Voir la société sans cash.

Deux chiffres de la version précédente ont été retirés faute de source vérifiable : le coût de 89 centimes par retrait en distributeur, et la répartition « Visa 60 %, Mastercard 27 % » du marché mondial.

Ce qui ne s’est pas produit

Le paiement courant en cryptomonnaie. Six ans après, payer sa baguette en bitcoins reste marginal, pour des raisons structurelles : volatilité, frais de conversion, et surtout, en France, un fait générateur d’imposition à chaque cession — voir la carte de débit crypto.

Le contournement des réseaux de cartes. Une carte crypto passe toujours par Visa ou Mastercard : la conversion se fait en amont, le commerçant est payé en euros. Le réseau n’est pas court-circuité, il est en aval de la chaîne crypto.

Ce qui a réellement changé, et qu’on n’attendait pas là

Le mouvement décisif n’est pas venu des cryptomonnaies grand public mais de la tokenisation des actifs financiers, portée par les banques régulées.

  • SG-Forge (Société Générale) émet EUR CoinVertible, stablecoin euro régulé, déployé sur cinq blockchains et raccordé au réseau SWIFT depuis janvier 2026 ;
  • BNP Paribas a tokenisé des parts de fonds monétaires sur Ethereum via sa plateforme AssetFoundry ;
  • la Banque de France a réglé deux opérations de marché sur actifs tokenisés en monnaie de banque centrale, sur sa blockchain DL3S.

Détail dans notre article où en sont les grandes banques françaises.

Autrement dit : la blockchain s’est installée dans la plomberie du règlement interbancaire, pas dans le paiement en caisse.

Le cadre qui a rendu ce tri possible

MiCA. Le règlement européen impose un agrément à tout prestataire de services sur crypto-actifs servant des clients européens. La transition des acteurs français s’est achevée le 1er juillet 2026, et plus de 170 prestataires étaient agréés dans l’Union début 2026, contre 12 un an plus tôt.

L’effet a été immédiat et brutal : Binance a cessé ses services crypto en France à cette date, faute d’agrément. À l’inverse, un acteur comme BitPay a obtenu le sien auprès du régulateur néerlandais.

Le marché n’a donc pas été absorbé par la blockchain : il a été filtré par l’agrément.

Et pour le paiement du quotidien ?

Ce qui a le plus changé la vie des gens sur la période n’est pas la blockchain, c’est le paiement mobile et le virement instantané : authentification par le téléphone, absence de plafond à 50 €, exécution en quelques secondes. Voir paiement instantané et paiement mobile.

Pour qui cherche un moyen de paiement simple sans compte bancaire classique, c’est toujours du côté des comptes sans banque et cartes prépayées que se trouve la réponse — adossés à des euros, avec un IBAN et des frais connus d’avance.


Sources : plafonds du sans contact issus des normes techniques d’authentification forte (DSP2) ; règlement MiCA, fin de la transition au 1er juillet 2026, registre des prestataires agréés ; retrait de Binance des services crypto en France ; agrément CASP de BitPay B.V. par l’AFM ; SG-Forge pour EUR CoinVertible et l’intégration SWIFT ; Banque de France pour les opérations réglées en monnaie de banque centrale sur DL3S. Consultées le 14 août 2026.